Théories sexuelles infantiles

Il est où le cucul, elle est où la zezette ?

Épisode 4 : où l’on découvre que l’école primaire est un haut lieu de perdition.

Vers deux ans, Benito a vu son premier dessin animé : Dumbo. La première scène de ce vieux film s’ouvre sur le vol de cigognes qui tiennent dans leurs becs des baluchons remplis de bébés animaux déposés les uns après les autres dans les cages de leurs futurs parents.
(Les parents sont en cage car ils travaillent dans un cirque qui, à ce moment-là, se déplace grâce "au train du bonheur." )

Et en effet, c’est le gros gros bonheur.

Quand j’ai vu cette scène, j’ai tenu à expliquer à l'enfant que non, les bébés ne sont pas déposés par des cigognes. Benito m’a ordonné de me taire parce que je «gênais son dessin animé.»
Je lui ai rétorqué que c’était moi la chef et j’ai embrayé sur l’histoire des choux : «Tu sais Beni, les garçons ne naissent pas non plus dans les choux.» (Ils peuvent à la rigueur être conçus dans les choux, si les futurs parents ont un sacré potager - et que leur sexualité débridée les pousse à s’accoupler au milieu des légumes.)
«Et attend Fils, c’est pas fini. Figure-toi que les filles ne naissent pas non plus dans les roses.» (Elles peuvent à la rigueur être conçues grâce à un bouquet de roses offert par un amant très très original.)

Même s’il me suppliait de me la boucler pour pouvoir regarder Dumbo peinard, je ne pouvais pas laisser mon fils croire de telles inepties. C’est que je l’ai lu la petite Françoise*. Je sais que c’est moche de mentir aux enfants. Et je sais que savoir d’où ils viennent fait partie du top trois des questions primordiales à élucider chez eux.

J’ai mis le film sur pause ; alors Benito a daigné se tourner vers moi pour me poser THE question : «Bah comment ils viennent alors les bébés ? »

L’idée de parler de quequette et de chachouna à mon fils ne m’a jamais traumatisé ; il me semble que le sujet est digne d’intérêt, même (et peut-être surtout) pour un enfant. Pourtant, une fois la question posée bien franchement, les yeux dans les yeux, on cherche ses mots. Non pas que le sujet soit gênant ; simplement, il n’est pas évident de trouver une explication claire, correcte, adaptée à un petit ciboulot de deux ans.

J’ai tâché de faire au mieux.

«Le papa et la maman font l’amour et le zizi du papa va dans la zezette de la maman. Ensuite, les petits têtards spermatozoïdes qui sont dans les bourses du papa passent dans son zizi et le zizi les dépose dans la zezette de la maman, et là, les petits têtards nagent jusque dans le ventre de la maman et le premier arrivé a gagné : il devient un bébé.»

J’ai complété mon explication par la description de deux-trois petits détails anatomiques à propos de la différence entre un zizi et une zezette. La curiosité de Benito a semblé satisfaite.

J’étais assez contente de moi, jusqu’à ce que deux ou trois personnes malintentionnées ne me mettent le doute :

— Wahou, tu vas loin toi ! T’aurais pu te contenter de lui parler de la petite graine. En plus maintenant, avec tes histoires de têtards, il va s’imaginer que les bébés sont des grenouilles avant de sortir du ventre.

Je l’avoue, ça m’a mis le doute. J’ai tenu à me rattraper en précisant à Beni, quelques jours plus tard, que les mamans n’avaient pas de grenouilles dans le ventre et que les spermatozoïdes n’étaient pas vraiment des têtards. Il m’a regardé comme si j’étais complètement dingue.

Quelques semaines passèrent.
C’est dans l’ascenseur de la crèche que j’eu la récompense de tous mes efforts éducatifs. Benito était à mes côtés et nous bavassions gaiement sous le regard attendri d’une maman et de son bébé. Soudain, le Fils me dit : (note au lecteur : je passe mon récit au présent pour te plonger dans l’action du moment. C’est une technique de pro, t’inquiète.)

— Moi maman, je suis un garçon !

J’approuve stoïquement.
Benito continue sur sa lancée :

— Je suis un garçon parce que j’ai un ZIZI !

Il est vraiment content de me dire ça alors je lui souris tendrement :

— Oui mon chat, c’est vrai, les garçons ont des zizis. Et les filles, elles ont quoi les filles ?

Il réfléchit un court instant et ses yeux de petit mioche de mon cœur s’illuminent soudain :

— Les filles, elles ont une zezette !

— Oui, bravo Beni ! Une zezette avec ?

— AVEC UN TROU !!!

— Ouiiii, bravo mon chat !

Je vois la dame de l’ascenseur se décomposer. Quand les portes s’ouvrent, elle sort en trombe avec son bébé bien serré contre elle. Je hausse les épaules. Je suis fière du Fils.

Tout ça pour dire que depuis l’âge de DEUX ANS, Benito connaît la différence entre les organes sexuels fille/garçon et sait – grosso modo – comment se font les bébés.
D’autant qu’avec ma deuxième grossesse, il a eu l’occasion de ré actualiser ses connaissances sur le sujet. Quand j’étais enceinte de Pamp’, Benito m’a redemandé à plusieurs reprises comment/par où allait naitre son frère. Je lui ai redonné quelques explications : la zezette qui a un « tunnel » qui conduit jusqu’à l’utérus/ventre, là où se trouve la poche du bébé. Ce même tunnel par lequel passera son frère quand ça sera l’heure de naitre ; et le trou de la zezette qui va s’agrandir pour le laisser sortir, puis qui retrouvera sa taille normale après la naissance.
Pour ceux qui trouveraient que là encore j’en ai trop dit, je réponds : FAUX.
Je ne lui ai rien dit des déchirures de périnées, du flot de sang, de la douleur et de la zezeette qui, en réalité, peut avoir du mal à retrouver sa taille normale.

On ne pourra donc pas me reprocher de lui avoir caché des choses : Benito SAVAIT.

Et bien figure-toi, lecteur, qu’au bout d’à peine deux mois d’école primaire, Le Fils rentre un soir, mort de rire, avant de m’annoncer en pouffant :

— Pamp’, il est sorti PAR TES FESSES, hihi !

Je hausse les yeux au ciel :

— N’importe quoi. Tu sais très bien que les bébés ne naissent pas par les fesses.

(Enfin… parfois, avec les déchirures… la frontière peut être mince… un grand trou pour le prix de deux… bref.)

Benito m’aboie dessus :

— SIIII, ils sortent par les fesses les bébés, C’EST VRAI ! TOUS MES COPAINS y m’ont dit que ça passait par les fesses les bébés !

— Bha non.

— Si !

— Non.

— Siiiiiiii !

— Non.

Devant autant d’immaturité chez sa femme, son fils, Clint intervient :

— Bon, Beni, en parlant de fesses, va laver les tiennes. Allez, au bain !

Pendant que notre fils barbote dans la baignoire, je fais part de mon effroi à Clint :

— PUTAIN ! Des années de boulot, d’explications, de lecture en amont et bim, trois copains débiles réussissent à tout foutre en l’air.

Clint mange une galette de maïs avec nonchalance :

— Ho, si tu savais tout ce qu’ils se racontent… L’autre fois, quand j’ai accompagné la classe à la piscine, un petit de CP expliquait à ses copains dans les vestiaires ce que ça veut dire «enculer ». Il disait à ses potes : « C’est quand tu mets un zizi dans les fesses ! »

Je manque de m’étouffer => panique sa mère.

— KOUAAAA ?! T’as bouché les oreilles de Beni j’espère !

Clint a haussé les épaules :

— Laisse tomber, ça nous échappe déjà.

Mon esprit pragmatique a heureusement repris le dessus. Je me suis vite consolée en me disant qu’au moins, l’explication de ce petit - con - de CP, était juste. Brutale, certes, pas forcément adaptée à son auditoire, certes, mais juste. À choisir, j’aime mieux que Benito sache ce que veut dire un mot, même grossier, plutôt qu’il me sorte des âneries sur la reproduction par les fesses.

Conclusion :

1. La vérité ne sort pas toujours de la bouche des enfants

2. Quand elle sort, parfois, de leur bouche, enfuis-toi si tu es farouche.
 

* Dolto