Les conneries de Benito.

Mesrine, le retour

Épisode 2 : Où l'on découvre que Benito est le fils spirituel de Jacques Mesrine. 

 

On m’avait prévenue : un petit frère fin juillet + un déménagement en province une semaine après sa naissance + l’entrée au CP = panique sa mère pour Benito.
Et ben c’était pas rien de le dire.

Déjà sans Pamp’ et sans déménagement c’était pas simple. Beni a toujours été du genre buté ET bourré d’imagination. Mauvais mélange.
Parmi une tonne d’anecdotes chaotiques me revient cette sieste que j’avais naïvement amorcé quand Benito avait deux ans : me voilà donc lovée dans mon canapé, détendue, les yeux fermés face au soleil. Je sens le sommeil me gagner quand j’entends soudain dans mon dos un « clic clic » étrange. J’ouvre des yeux ronds et je me retourne juste à temps pour voir un bout de ma queue de cheval tomber au sol. Benito me regarde d’un air neutre, les ciseaux à la main.

Moi, hystérique :

— Mais bordel, Beni ! Tu m’as coupé les cheveux !

Lui, impassible :

— Oui.

Moi, encore plus hystérique :

— Mais Benito, FAUT PAS FAIRE ÇA !

Lui, étonné :

— Poukoi ?

POUKOI ? POUKOI ?! Tu veux savoir POUKOI faut pas couper les cheveux de ta mère ?! Mais putain, t’as deux ans oui ou merde ? Réfléchis un peu !

Blasée :

— Donne moi ces ciseaux.

Respiration. Dialogue. Communication. Ton plus ou moins bienveillant :

— Écoute Beni, on ne coupe les cheveux avec des ciseaux. Enfin si, mais pas toi. Les coiffeurs seulement. Tu comprends ? Toi, tu peux couper des feuilles, c’est tout. Ok ?

— OK.

Le lendemain, il avait découpé les voilages du séjour.

Or donc, quatre ans plus tard, Benito fait son entrée en CP dans une ville qu’il ne connaît pas, au milieu d’enfants qu’il ne connaît pas.
Je ne vous le cache pas, les premières semaines sont rudes. Beni a du mal à se faire des amis. C’est que sous ses airs de dur à cuir, c’est un petit doux très sensible qui, cette année, fait de la danse au milieu d’une flopée de fifilles en tutu. Les Pokémon, les voitures, les supers-héros, les Starwars, il s’en fout comme de l’an 40.

Enfin… Il s’en foutait jusqu’à sa rencontre avec son binôme de l’enfer. Un petit blond complètement ravagé, ingérable, fan de baston et plus speed que Van Damme sous coke.
Ça a commencé comme ça :

— Ouiii, tu sais maman, je me suis trouvé un copain.

— Ha ! C’est bien ça.

— Un copain de bêtises.

Petit blanc. Ton suspicieux.

— Un copain de bêtises ? C’est quoi ça ?

— Bah c’est un copain avec qui je fais des bêtises. («T’es con ou quoi ?» peut-on lire dans ses pensées.)

Hum.

Le soir venu, j’en parle à son père.

— Benito s’est trouvé un copain de bêtises.

— Ha ouais ? C’est bon ça !

— Oui mais ensemble ils ne font que des conneries, tu vois.

— Rhoooo… On sait pas vraiment hein, c’est ce qu’il raconte… Moi je trouve ça bien qu’il ait un copain.

— Mouais…

Le problème avec Beni c’est que c’est un caméléon du mood. Tu le mets avec un petit tranquillou Billou, il sera un ange. L’année dernière, son copain d’à la vie à la mort, c’était Émile. Un petit doux à lunettes super calme, gentil-poli avec des cheveux tout raides, des baskets en poils de zèbre et des pulls années 80, avec lequel il pouvait passer des heures à jouer TRANQUILLEMENT. Hop une figurine dino, hop un bateau Playmo et c’était parti :

«Alors on aurait dit que le dino il prenait le bateau et on aurait dit qui y’avait une tempête et que les vagues c’était du chocolat et alors le dino mangeait toutes les vagues et alors y’avait plus la mer et alors la tempête était finie et alors le dino arrivait sur une île avec des chips dans les arbres (note au lecteur : j’ai remarqué qu’il y a souvent de la bouffe dans les scénarios de Benito) et alors et alors et alors et alors…

Il arrivait tout de même qu’il puisse y avoir un désaccord entre eux :

— Mais NON Émile, les chips dans les arbres on n’aurait pas dit qu’elles étaient au poivre mais au VINAIGRE !

Houuuuu, ça chauffe là, les gars, y’a de l’embrouille !

Bref, pendant qu’ils jouaient dans la chambre, moi je pouvais lire peinarde sans avoir à les surveiller, ni à cadrer quoi que ce soit ou qui que ce soit. C’était la belle époque, j’aimais beaucoup Émile.

Or donc, bye bye Émile qui est resté à Paris, et bonjour au nouveau copain de bêtises – appelons le Jean-Claude.
Ça aura pris quatre jours avant que Clint ne rentre de l’école hors de lui.

— MA CARLOU !

— Ouiii ?

— TON FILS S’EST FAIT PUNIR ! ENCORE !!

— Ho ?

— TU SAIS PAS CE QU’IL FAISAIT ?

— Bhé non ( et au passage, tu peux arrêter de me hurler dessus steup ?)

— Il se sont fait prendre la main dans le sac AVEC JEAN-CLAUDE ÉVIDEMMENT, en train de CREUSER UN TUNNEL SOUS LE GRILLAGE DE L’ÉCOLE.

— Ha bon ? Mais pourquoi ?

— POUR S’ENFUIR !

(Et là, Clint est décédé de colère.)

J’ai jeté un coup d’œil au Fils qui semblait parfaitement indifférent au craquage de son père.

— Beni, pourquoi tu voulais t’enfuir de l’école ?

— Bah pour visiter la ville.

— Ha bon ? C’est pas parce que tu n’aimes l’école ?

— Bah non. On voulait faire un voyage, c’est tout.

— Hmm.

C’est con mais ça m’a rassuré. J'aime mieux l’idée que mon fils soit un aventurier de l’extrême plutôt qu’un déserteur.

J’ai réuni mentalement tous les articles d’éducation bienveillante/positive/zen/sans crier-sans punir-sans violences-sans gluten que j’avais pu glaner ici ou là et j’ai trouvé une réponse qui m’a rendue très fière de moi :

— Pas besoin de vous enfuir de l’école pour visiter la ville. Je vous emmènerais y faire un tour moi.

— Nan.

J'ai pris une longue inspiration en fermant les yeux avant de clore l'incident avec brio.

— BAH ALORS VAS DANS TA CHAMBRE ! T’ES PUNIIIII !

 

FIN