La bosse et la bolosse

bûches, chutes et gadins

Épisode 7: Où l’on découvre que l’humour n’est pas toujours une solution.

FLASH INFO – roulements de tambour : ça y’est, c’est fait, Pamp’ vient d’avoir 1 an. Je tâcherai d’écrire prochainement un article sur mon merveilleux accouchement sans péri passé à hurler ma race sur la bâtarde de sage femme qui refusait de déranger l’anesthésiste parce qu’elle n’imaginait pas que Pamp’ arriverait en 36 secondes et sortirait de ma teucha de mes entrailles en mode champion de bobsleigh  - tout ça pendant que Clint cherchait une borne pour garer l’Autolib’. #Parismonamour

Non, aujourd’hui, lecteur, je souhaite attirer ton attention sur cette période délicate qui se situe aux alentours des 1 an donc, au cours de laquelle ton bébé-étoile de mer s’est transformé en ver rampant et commence désormais à tenir sur ses pattes, fébrile et vacillant tel un Lazare complètement bourré tâchant de répondre à l’injonction Jésuesque « Lève-toi et marche ». 

Quand ton petit entre dans cette période, il y a grosso modo deux écoles : les parents ultra sécuritaires qui transforment leur appartement en chambre d’asile capitonnée avec rien nul part – tables basses et étagères vides de tout objet d’adulte, angles rembourrés de coussinets dégueulasses, couvertures posées près des pieds de chaises – auxquels les jeunes vertébrés adorent se hisser. 

En général, ces parents-là veillent à ce que leur progéniture ne tombe pas : ils sont toujours auprès d’eux, les encouragent et les rattrapent en cas de chute imminente. 

Et puis il y a les autres, ceux qui, comme moi, refusent de transformer leur intérieur en bunker anti-vie car ils considèrent qu’ils sont chez eux et que c’est donc à leur petit d’apprendre à évoluer au sein d’un environnement réel, jonché de verres de vin, de tasses de café chaud, de tables basses aux angles tranchants et de bibelots qui ne s’en porteront pas plus mal d’être brisés une bonne fois pour toutes.

(Pardon, il existe une troisième catégorie : les parents Montessori dont l’application heureuse de l’éducation bienveillante leur permet d’appréhender cette période avec attention tout en laissant leur petit acquérir son autonomie dans un environnement réel mais sans danger, blablabla. #fuck)  

Or donc, étant une daronne de nature plutôt sereine et confiante, j’ai vite fait de laisser Pamp’ s’éveiller tranquillement au milieu de mon foutoir, pas particulièrement inquiète à l’idée qu’il se bûche ici ou là, du moment que ça n’est pas sur un monticule de verre pilé.  

Évidemment, ce qui devait arriver arriva : un beau matin, juste avant de l’amener à la crèche, Pamp’, qui batifolait gaiement sur notre canapé fit une chute - assez ridicule en soit (le canapé est bas, le sol est en lino, bref, rien de spectaculaire) – sauf que sa tête eut la mauvaise idée de percuter l’angle de notre table basse en métal. 

En moins de temps qu’il n’en faut pour dire meeeeeerde, une grosse bosse est apparue sur son petit front. 

Fît de mon flegme légendaire : voir mon petit Pamp’ tout secoué de sanglots avec sa bosse de chameau d’amour en plein milieu du front me mit  dans un état de mal être profond, d’autant qu’un enfoiré de sentiment de culpabilité commençait à rôder autour de moi. 

Heureusement, pressée par le temps – je te rappelle, ô lecteur, que l’heure de la crèche approchait dangereusement – je cherchi chercha cherchu  mon efficacité de super daronne a repris le dessus ; j’ai couru dans la salle de bain chercher un tube de pommade Arnica  - périmée, meeeerde – avant de me rabattre sur les granules homéopathiques - qui mettent 20 minutes à fondre dans un peu d’eau, meeeeeeeerde – pour finalement opter pour la pommade aux huiles essentielles Boboboss  - déconseillée avant 36 mois, meeeeeeeeeeeeeeeeeerde. Mais tant pis. Hop, pommade. 

J’ai pris mon Pamp’ sous le bras encore tout sanguinolent sanglotant de sa chute, je l’ai harnaché dans son sac de portage, je l’ai couvert de baisers et de mots doux et hop, en route mauvaise troupe comme disait mamie Sonia #RIPmamie. 

En arrivant à la crèche, j’ai eu la surprise de trouver tout le monde déguisé. Les bébés, les plus grands enfants, le personnel : tout ce petit monde évoluait dans un tourbillon de robes de fées, de costumes de grenouille et de panda et de bandeaux de pirates, bref, c’était la teuf. Pour être tout à fait exacte, c’était même carnaval. J’avais complètement zappé l’événement.

Un petit-déjeuner avait été installé dans le hall de la crèche et quelques parents buvaient un café en papotant avec deux éducatrices/auxiliaires de puériculture. 

Je me suis approchée d’eux, un peu penaude d’avoir oublié que c’était jour de fête. Toutes les têtes se sont tournées vers nous : 

— Bonjour ! Mais c’est le petit Pamp’ ! Bonjouuuuuur petit Pamp’.

Immédiatement suivi d’un : 

— Houlala, mais qu’est-ce qui lui est arrivé à votre petit bonhomme ?

Maintenant, imagine toi ma position, ô lecteur :

  1. j’arrive à la bourre
  2. en ayant oublié la journée carnaval
  3. avec un bébé amoché

J’ai pensé qu’il n’y avait qu’un bon trait d’esprit pour me sortir de cette impasse alors j’ai

répondu du tac au tac :

— Je l’ai déguisé en enfant battu.

— …


HOU PUTAIN, la boulette. 
J’ai vu à leur regard que j’avais intérêt à très très très vite fournir une explication, une vraie. J’ai enchaîné en bafouillant des justifications confuses sur mon quart de seconde d’inattention, la chute du canapé, la table basse et j’ai pris une tête de daronne effondrée et rongée de culpabilité (c’était un peu le cas quand même hein.)  Bref, j’ai fait profil bas et ça a rattrapé le coup – haannn, jeu de mot de ouf (le coup, la bosse, t’as pigé ? Bon.) 
Mais vraiment, j’ai eu chaud au fesses : le coup de fil à l’ASE n’était pas loin, ce matin-là, alors un conseil, daronne : apprend à garder tes blagues vaseuses pour toi parce qu’avec un enfant, on ne peut pas rire à tous les coups – haannnnn, jeu de mots de OUF !