L'Appel Divin

Crise de foi

Épisode 3 : Où l'on découvre que Dieu existe VRAIMENT - et qu'il dirige une crèche. 

Ça faisait quatre mois, quatre lonnngs mois que je torchais le cucul de Pamp’ toute la journée sans aucun espoir de retrouver ma liberté, payer une assistante maternelle étant tout simplement impossible pour Clint et moi – trop cher, trop la dèche dans le foyer. Quant à la crèche, tous les Nantais m’avaient prévenue que j’avais plus de chance de voir Marine Lepen déambuler en boubou à la fête de l'Huma que d’obtenir une place dans ce sanctuaire consacré aux petits cacas *

J’étais dans un état de déprime avancée ; j’avais gardé moi-même Benito jusqu’à ses 1 an et cette expérience de mère au foyer forcée de l’être – la dèche, toujours la dèche - m’avait fait prendre conscience que s’occuper de son miochon pendant 365 jours = panique sa mère.
Bien sûr, à 6 mois de grossesse, j’avais tout de même fait une demande d’inscription auprès de la ville de Nantes et depuis la capitale, en futurs nouveaux nantais un peu perdus, nous avions vaguement déterminé un quartier : « St Donatien, il paraît que c’est le top bobos-artisto-chômeurs. Heyyy, c’est pour nous ! »

Aussi, quelle ne fut pas notre surprise une fois installés au cœur de St Donatien de découvrir que ce quartier de Nantes est en réalité le point de ralliement des catholiques très très trèèèèès catholiques. (Coucou François Fillon !)
Quelques menus exemples :

  • Les cars de la Manif pour Tous qui ont déposé les militants Nantais à Paris pour leur grande marche contre le mariage ouvert aux personnes du même sexe sont tous partis depuis la basilique St Donatien. (Coucou Fifi !)
  • Tous les dimanches matins, nous pouvons assister au rassemblement d’adorables petits scouts d’Europe en shorts et chemisettes au pied de la basilique St Donatien. (Coucou les petits cousins à Fifi !)
  • Basilique au cœur de laquelle la messe du dimanche se déroule en latin sous le regard extatique de vieilles dames chapeautées. (Coucou les tatas à Fifi !)

En réalité, au lieu de flipper – comme la stupide bobo-gaucho-laïcarde que je suis - j’aurais dû être attentive à ces signes là : à peine arrivés sur Nantes, Dieu se manifestait autour de nous. Il fallait bien qu’il finisse par apparaître pour de bon.

Ainsi donc, le miracle se produisit mi-novembre par le biais de la sonnerie de mon téléphone portable.
C’était en fin d’après-midi. Pour changer, j’avais les mains dans le caca de Pamp’ ; de son coté, Benito s’étranglait de rage à l’idée d’aller prendre sa douche, Clint tentant sans succès de le jeter dans la baignoire. Melon le chat, quant à lui, faisait une fois de plus ses griffes sur notre nouveau canapé hors de prix.

— MELON, PUTAIN DE SALE RACE DE CHAT ! Dégage de làààà !!
(Ça, c’est moi en colère.)

C’est au beau milieu de cette petite scène de vie de famille épanouie que le Divin Appel eu lieu et là, je vous le donne en mille (SCOOP DE L’UNIVERS) : une voix DE FEMME se fit entendre.

— Allô, madame Carlou ?

— Quoi ? Qu’est ce que c’est ? Vous me dérangez là. (Putain Pamp’, arrête de gigoter, merde, tu fais chier !)

— Pardon ? Madame Carlou, je suis la directrice de la crèche Filemoitonlardon et je vous appelle pour savoir si vous êtes toujours intéressée par une place pour votre petit Pamp’ ?

J’ai tout de suite deviné à qui j’avais affaire réellement . J’en suis restée comme deux ronds de Flamby. Ainsi donc, en plus d’être une femme, (!) Dieu avait entendu mes prières. (Avec un peu de recul, je réalise aujourd'hui que tout cela est en réalité d'une logique implacable : Dieu et les crèches c'est  une vieille histoire d'amour et les crèches, c'est  un truc de gonzesses. Or donc nonobstant, si Dieu aime les crèches et attribue les places, Dieu ne peut qu'être une femme. Tout se tient.) 
Au bout du fil, j'ai vite compris l'urgence de me ressaisir.

— Ho, bonjour, ne quittez pas une minute s’il vous plait. (Viens là mon petit Pamp’ d’amour doux, viens voir ta maman. Je te mets dans ton petit transat mon chaton joli, voiiiiilà, tu es bien là ? Oui oui, maman arrive très vite mon bébé rond.) Oui, allô ? Ouiiii, tout à fait, tout à fait, je suis ABSOLUMENT intéressée par une place en crèche !

— Bien. Par contre je dois vous dire qu’il s’agit d’un petit contrat : 10h-16h. Ce sont de petites journées et pour la plupart des familles avec un travail… disons normal, un tel contrat n’est pas intéressant. Quand j’ai vu votre profil – auteure, freelance à domicile – je me suis dit que ça pourrait éventuellement vous aller.

— Ouiiii, tout à fait, tout à fait, je suis ABSOLUMENT intéressée par cette place en crèche ! (J’ai répété la même phrase mot pour mot, avec exactement la même intonation de castra hystérique.)

— Hum. Bien. Alors écoutez, votre dossier passera en commission d’attribution la semaine prochaine.

Là, j’ai senti comme un doute m’envahir.

— Hmmm… C’est à dire que ça n’est pas sûr-sûr que j’aie la place ?

— Voilà, ça n’est pas sûr à 100%.

Mes aisselles sont devenues moites et poilues. J’ai compris que c’était le moment ou jamais de tout donner.

— Très bien. En tout cas, je vous remercie de l’attention que vous avez portée à mon dossier. Il est vrai que depuis la naissance de Pamp’, je n’ai pas trouvé une minute pour me remettre à l’écriture. C’est très difficile d’écrire avec un bébé à la maison vous savez…

— Oui, bien sûr…

— Et puis je dois aussi retrouver des ateliers d’écriture à animer et c’est pareil, avec Pamp’ à la maison, c’est difficile de chercher du travail. Et honnêtement, ça devient urgent que j’en trouve.

— Oui, je comprends tout à fait.

— Je sais que certaines personnes s’imaginent que lorsque l’on travaille chez soit on peut garder son enfant mais non, c’est parfaitement impossible et…

— Madame Carlou (voix la plus bienveillante de tout l’Univers.) Je vous assure que la ville de Nantes est très sensible à la situation des femmes qui travaillent à domicile ; ici, personne ne considère qu’une femme auteure et en freelance peut garder son bébé. De mon coté, je ferai tout pour appuyer votre dossier, soyez-en assurée.

Là, j’ai senti une Chaleur Divine se répandre dans mon corps. L’amour de Dieu était en train de se répandre en moi tel un doux torrent. Allélouia ! J’étais désormais emplie de gratitude et d’espoir. Si Dieu m’avait appelé en personne pour me dire qu’il soutiendrait mon dossier pour l’obtention d’une place en crèche, alors il était impossible qu’une commission de petits fonctionnaires en décide autrement.
Dorénavant, j’avais LA FOI. 

Quelques jours plus tard, Dieu m’appela une seconde foi(s) pour m’annoncer que j’étais L’Élue ! Pamp’ avait bel et bien son ticket d’entrée pour le Paradis Terrestre. J’en tombis tombu tomba tombais en pâmoison de bonheur dans mon canapé lacéré. Depuis ce jour, je ne suis que sourire, joie, amour et sieste bonheur. Maintenant que Pamp’ va à la crèche, j’erre comme en une âme en peine dans mon appartement en pleurant devant son transat vide, je suis vraiment une femme épanouie.

Et surtout, nous sommes désormais très heureux de vivre à St Donatien, à quinze petites minutes à pieds du Paradis. C’est un poil long quand il pleut mais ça maintient en foi forme mon foie ma foi. (Salut Fifi !)

 

* les bébés.